« Pleure comme si la rivière était entrée en toi
disent les gens de l’eau
Et laisse ta voix derrière toi pour mieux t’écouter par temps de pluie »
Vénus Khoury-Ghata, Gens de l’eau,
Paris, Mercure de France, 2018,
via « Google Livres ».
« Pleure comme si la rivière était entrée en toi
disent les gens de l’eau
Et laisse ta voix derrière toi pour mieux t’écouter par temps de pluie »
Vénus Khoury-Ghata, Gens de l’eau,
Paris, Mercure de France, 2018,
via « Google Livres ».
Je voudrais vous parler aujourd’hui d’un vers admirable de Jean Racine. Il se trouve dans la scène 2 de l’acte IV de Phèdre, l’une des plus célèbres tragédies du grand dramaturge. Il est mis dans la bouche d’Hippolyte, aimé par Phèdre, la femme de son père Thésée. Dans cette scène, Hippolyte est accusé par son père, et celui-ci se défend, notamment par ce vers : « Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur ». C’est donc ce vers, ce seul vers, que je voudrais commenter aujourd’hui.
Continuer à lire « Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur »
« Ce n’est pas parce que nous avons quarante-cinq ans ou cinquante-cinq ans ou soixante-cinq ans que nous ne voulons plus vivre une vie intense ou que nous ne voulons plus écrire des textes intenses. »
Nathalie Quintane, Tomate, P.O.L, 2016,
via « Google Books ».
De temps en temps, entre deux articles plus longs, j’aime à proposer quelques citations qui m’ont intéressé, séduit ou amusé, généralement puisées dans le vaste corpus de la poésie. Je voudrais aujourd’hui jeter un regard rétrospectif sur ces diverses citations…
Continuer à lire Parcours dans les « citations du jour »
« J’ai oublié de dire que la rivière, lente, est également silencieuse : pas un remous, pas une vaguelette, mais un long courant, épais comme une crème, où s’éteint le temps. »
Olivier Barbarant, Un grand instant, Seyssel, Champ Vallon, 2019,
via « Google Livres ».
«
« Tu t’imagines parfois sous la dalle de ta propre tombe, mains jointes sur la poitrine, écoutant le bois craquer, ou tendant l’oreille à travers la pierre vers des chants d’oiseaux, guettant un pas sur le gravier, sans souffrance, sans fébrilité, ne voulant et n’espérant rien, n’étant plus que cette attention presque aussi calme qu’un sommeil, tournée vers le dehors comme vers une musique, une pensée venue se substituer à ce qui naguère agitait ton cœur. Il t’arrive ainsi de rêver que ta propre vie se retire toute au-dehors de toi, ne laissant subsister qu’une oreille, un sourire sur un visage triste, ou quelques larmes silencieuses. Comme déjà les personnes très vieilles, tassées au fond de leur fauteuil, regardent s’en aller le monde tel un grand fleuve poussant ses eaux. »
Jean-Michel Maulpoix, L’instinct de ciel, II-7,
dans Une histoire de bleu, suivi de L’instinct de ciel,
Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 2005, pp. 193-194.
Continuer à lire Citation du jour — Saint-John Perse
« Mer de Baal, Mer de Mammon — Mer de tout âge et de tout nom,
« Ô Mer sans âge ni raison, ô Mer sans hâte ni saison,
« Les pâles amoureux cherchent les frais avrils,
Le lent vieillard s’attarde aux douceurs de l’automne ;
Juillet, lourd aux faucheurs, mois grave où le ciel tonne,
Mois des blés d’or, c’est toi qu’aiment les cœurs virils !
Car la terre, oubliant les rêves puérils
De sa virginité qu’un bruit de source étonne,
Ne connaît pas encor ce sanglot monotone
Que traîne, aux premiers froids, son veuvage en périls.
Majestueuse épouse aux vêtements superbes,
Elle offre à tous vivants le lait mûr de ses gerbes ;
C’est la nourrice active et rebelle au sommeil :
La nuit brève s’étoile en admirant sa gloire,
Et de son sein gonflé par l’amour du Soleil
S’exhale, en longs parfums, l’orgueil de la victoire ! »
Georges Lafenestre, « Juillet »,
Le Parnasse contemporain : Recueil de vers nouveaux,
Alphonse Lemerre [Slatkine Reprints], 1876, III. 1876 (p. 214).
Via Wikisource.
« Mais l’admirable, ce qui avait déclenché cette impression de plénitude aussi intense et profonde qu’énigmatique, c’était la chaleur qui montait de ces chemins comme l’eût fait, à une autre saison, de la brume, chaleur couleur de terre elle aussi, parce qu’en quelque sorte tout était de terre en ces instants ; moins comme une caresse que comme une bonté silencieuse, sans nom ; sans visage et sans même un cœur. »
Philippe Jaccottet, « Couleur de terre »,
dans Œuvres complètes, Paris, Gallimard, 2014,
« Bibliothèque de la Pléiade », p. 1275.
« Amour. Sans cesse ce mot-là à la bouche. Ce mot de forme ronde. Si facile sous la plume. Attendrissant la langue, cautérisant la plaie. Une pommade. Un bonbon d’enfant — mais qui ne fond pas. Et tes phrases, pour le dire, se veulent telles des corps ou des peaux, avec leurs habits du dimanche, leurs parfums, leurs chapeaux, leurs colliers et leurs bagues. Rythme toujours, musique clinquante de bijoux faux. »
Jean-Michel Maulpoix, L’Instinct de ciel, Paris, Mercure de France, 2000,
réédité en « Poésie/Gallimard » à la suite de Une histoire de bleu, 2005, II-3, p. 178-181.
Le poète français Pierre Maubé, né en 1962 en Haute-Garonne, a récemment publié sur Facebook un beau poème qu’il m’a autorisé à reproduire ici. J’aime sa simplicité et son authenticité. Et vous, qu’en pensez-vous ?
Continuer à lire Un poème de Pierre Maubé
« Cette colombe avec le peu de braise
Elle est, ciel asséché, ma brûlure
Écrite au pourtour de l’arbre puis désécrite
Afin de laisser libre
L’esprit de qui l’illusion brille au ciel »
Salah Stétié, L’autre côté brûlé du très pur,
Paris, Gallimard, nrf, p. 8.
« Je voudrais le mot blanc d’un ciel absent qui laissât trace de demeure. Un mot qui fût le lit du jour et parvînt à la fête unanime du vent. Croisement de chances et de campagne, bourdonnement des boucles de ta tête, rosaces, rosaces en partance et applaudissement sous le pic impavide du gris de l’horizon, des mains battraient dans l’herbe parmi les arbres et la faux des grands jours, et la vertu émancipée roulerait jusques aux franges du moment. Foules prolixes et ciselées, royaume retourné, jeunesse sous l’or gris et pivot d’une aisance somptueuse, — aucun diamant n’est autre que la possession nue de l’esprit sur
le langage. »
Gabrielle Althen, Hiérarchies, Rougerie, 1988, p. 37.
Prière marine
À travers des chemins nuptiaux d’orangers,
Je suis venue à toi, mer Méditerranée,
Et me voici debout, face à face, étonnée
D’ouvrir sur ta splendeur mes regards étrangers.
« […] les mots résistaient
fixes phosphènes
du temps d’un geste
la couleur n’avait pas envahi l’image
l’image n’avait pas submergé la couleur […]
Jean-Pierre Boyer, Vue générale (détail), Le Revest-les-Eaux, Spectres familiers, 1986.
(Ouvrage non paginé.)
« Des gais soleils d’avril voici l’heure première.
Avril, c’est le printemps dans sa virginité.
L’air est d’un bleu profond, suave est la lumière ;
Un sang jeune sourit au front de la beauté.
[…] Bientôt se cueilleront les prémices des choses :
L’alouette dans l’air dira les jeunes blés,
Et le bouvreuil muet, caché parmi les roses,
Couvera les œufs blonds sous sa plume assemblés. »
Auguste Lacaussade, « Les Soleils d’Avril », Poèmes et paysages, 1897, via Wikisource.
« Humanité anecdote biologique
Ne te perds pas de vue et cultive-toi
Des poireaux calmes des pommes de terre
Des tomates sans chinoiseries
Permets que le renard emporte une poule
Une poule de temps en temps avec des plumes
Ignorante des happy technologies
Quand un lombric déroule de tout son long
Un bout de la longue chaîne élémentaire
En rose merveilleux alimentaire. »
Valérie Rouzeau, Sens averse, Paris, La Table Ronde.
« La quantité de plaisir ou de souffrance que j’éprouve à écrire est proportionnelle à la distance qui sépare la majuscule par quoi commence une phrase du point par lequel elle s’achève. »
Jean-Michel Maulpoix, Papiers froissés dans l’impatience, Seyssel, Champ Vallon, p. 56.
— Et le Poète dit qu’aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ;
Et qu’il a vu sur l’eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.
Arthur Rimbaud, « Ophélie », Poésies complètes,
via Wikisource.
« Ils ont dit en s’aimant
Un jour tu aimeras
Un jour tu voudras mourir d’amour
Et devenir pierre veinée
Pierre où coule le bleu du ciel
Comme une jetée vers la mer. »
Béatrice Bonhomme, Les Boxeurs de l’absurde,
Fourmagnac, L’étoile des limites, 2020, p. 94.