« En été, le soir, sous les parasols rouges de la terrasse, comme sur le pont d’un grand navire, loin dans les tiédeurs de la mer. »
Jean-Michel Maulpoix, Une histoire de bleu (1992),
dans Une histoire de bleu, suivi de l’Instinct de ciel,
Paris, Gallimard, 2005, coll. « Poésie », p. 43.
« Ma mie est en printemps
La poésie va paître
Je vois par la fenêtre
Qu’on a changé de temps
Je me dis bien souvent
Qu’un enfant n’est plus à naître
Ma mie est en printemps
La poésie va paître
Les bourgeons sous le vent
Sont des verts à renaître
On s’étonne d’y être
Pour un regard d’enfant
Ma mie est en printemps »
Jacques Moulin, « Rondels d’enfance »,
paru dans Nu(e), n°52, « Jokari / Enfances », octobre 2012, p. 167.
« L’attachement à soi augmente l’opacité de la vie. Un moment de vrai oubli, et tous les écrans les uns derrière les autres deviennent transparents, de sorte qu’on voit la clarté jusqu’au fond, aussi loin que la vue porte ; et du même coup plus rien ne pèse. Ainsi l’âme est vraiment changée en oiseau. »
« Il préfère à ces valises funèbres le sac à main des femmes, où il y a des mouchoirs blancs parfumés, des tubes de rouge à lèvres, de la poudre rose, une palette de bleus, un portefeuille avec des photos d’enfants qui se baignent au bord de la mer, un petit miroir et des lettres chiffonnées. Il voudrait se glisser dans cette féerie et se laisser aller au roulis de leurs hanches. Curieux de leur parfum et de leurs amours, il voudrait prendre la température exacte de leur cœur. »
Jean-Michel Maulpoix, Portraits d’un éphémère,
Paris, Mercure de France, 1990, VIII-4, p. 90.
« Aux lecteurs
Je vous écris de près
entre votre malheur et votre peau
Entre
j’essaie de mettre un tournesol
Je n’ose pas
employer de grands mots en voyage magnétique
des mots orgueilleux d’être
pour affréter les invisibles continents
Vous
moi
c’est ovation timide vers le monde. »
Marie-Claire Bancquart, « Aux lecteurs »,
dans Partition, Paris, Belfond, 1981, p. 105.
Je vous ai déjà parlé ici ou là de Daniel Biga, un poète français né en 1940 à Nice. Je vous propose aujourd’hui un poème extrait de Détache-toi de ton cadavre, recueil publié en 1998 et réédité en 2015 à la suite des haïkus de Le sentier qui serpente. J’ai choisi ce poème parce qu’il porte sur le nom même de Biga, ce qui n’est pas la moins bonne façon de faire connaissance avec ce poète, et parce qu’il est fort savoureux et plein de vie, à l’image du recueil entier.
« le soleil du printemps
n’est pas à l’heure
d’été »
Daniel Biga, Le sentier qui serpente, Tarabuste, 2015.
« Le poème est toujours marié à quelqu’un. »
René Char, Fureur et mystère,
dans Œuvres complètes, Paris, Gallimard, 1983, rééd. 2004,
coll. « Bibliothèque de la Pléiade », p. 158.
« Un arbre, c’est de la terre qui s’élève, se ramifie et s’épanouit vers le bleu. C’est une conversation de feuillages et de fruits entre le soleil et la mort. C’est encore une échelle où s’ajustent nos proportions et nos climats.
Le début et la fin de l’herbe sont incertains. »
Jean-Michel Maulpoix, Pas sur la neige,
Paris, Mercure de France, 2004, p. 109.
Marceline Desbordes-Valmore est une poète du XIXe siècle, dont l’un des poèmes les plus connus est sans doute « Les roses de Saadi ». Dans la logique de la catégorie « Le poème d’à côté », je vous invite à découvrir un autre poème de Marceline Desbordes-Valmore…
Jour de neige, par Alpha du Centaure, flickr, libre de réutilisation
« [L’expérience poétique est] analogue à celle de marcher dans la neige où chaque pas crisse, inaugural. Ainsi la parole poétique, dans ses meilleurs moments, est-elle fraîche, neuve, non parce qu’elle userait d’un vocabulaire, d’une syntaxe particulièrement originaux, mais parce qu’elle s’applique à une réalité vierge, encore innommée. En marchant dans la neige, on prend mieux conscience du sol qui précède nos pas. »
Jean-Pierre Lemaire, Marcher dans la neige, Un parcours en poésie, Montrouge, Bayard, coll. « Christus », 2008, p. 17.
Paul Valéry, « La fileuse », Album de vers anciens, 1920,
source : Wikisource.
En buvant
» […] Je cueille des chrysanthèmes sous la haie de l’est,
Je contemple paisiblement la Montagne du Sud.
Le soir, l’air des cimes est doux,
Un à un les oiseaux y retournent.
Là est la vie véritable,
Ineffable. »
Extrait de « En buvant », par Tao Yuanming,
d’après La poésie chinoise, Mango Jeunesse, 2000.
« La poésie n’est pas une solution.
Aucune solution n’est une poésie. »
Serge Pey, Nous sommes cernés par les cibles,
CD audio, Éditions du Tilleul / Labeluz, 2002.
Voir ici la vidéo d’une performance de Serge Pey à La Gaude.
« Ah ! quel beau matin, que ce matin des étrennes !
Chacun, pendant la nuit, avait rêvé des siennes »
Arthur Rimbaud, « Les étrennes des orphelins », Poésies (1870),
d’après l’édition Vanier, 1895.
Voir sur Wikisource le texte complet.
« Et le beau corps de la chair
Un bleu interrompu de quelques tirets d’or
Ou son entracte parmi les aromates
Car la mer chante où un nageur s’épanche
La transparence et la rotonde
Sans nul appui devant la corde du silence
Et la péripétie s’isole
Quelque regard vacant se rappelle un baiser
Dans une tâche d’ombre ornée par le rivage
Quand le soleil parfait a dissipé l’émoi »
Gabrielle Althen, La raison aimante, Sud, Marseille, 1985, p. 19.
Berceuse pour chaque jour
jusqu’au dernier
« Nombreuses fois, nombre de fois,
L’homme s’endort, son corps l’éveille ;
Puis une fois, rien qu’une fois,
L’homme s’endort et perd son corps. »
René Char, La bibliothèque est en feu et autres poèmes,
dans Œuvres complètes, Paris, Gallimard, Bibl. de la Pléiade, 1983-2004, p. 387.
« Je suis né en Franche-Comté, entre Vosges et Jura, de père lorrain et de mère comtoise ; mon anniversaire coïncide avec la commémoration de l’armistice de 1918. Au souvenir des rires, des bougies soufflées et des papiers multicolores, se superpose celui des drapeaux fléchis dans le matin blême tandis que retentit la sonnerie aux morts. De petits vieux bardés de médailles sont alignés auprès d’un obélisque de marbre rose gravé de lettres d’or. Un homme chauve, en uniforme, dépose une gerbe. A cette image naïve et cocardière, je frissonne encore. […] »
Jean-Michel Maulpoix, « Papiers d’identité »,
dans Papiers froissés dans l’impatience, Seyssel, Champ Vallon, 1987.
Bohémiens en voyage
« La tribu prophétique aux prunelles ardentes
Hier s’est mise en route, emportant ses petits
Sur son dos, ou livrant à leurs fiers appétits
Le trésor toujours prêt des mamelles pendantes.
« Elle disait que l’on ne reconnaît pas les gens mal élevés à leur façon de se curer le nez aux feux rouges ou de bâiller quand on leur parle, mais à l’emploi qu’ils font du mode subjonctif dans une proposition circonstancielle de temps introduite par “après que”. »
Jean-Michel Maulpoix, Papiers froissés dans l’impatience,
Seyssel, Champ Vallon, 1987, p. 53.